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Un été chaud pour les lesbiennes magazine Têtu, Têtu News, octobre 2009

« On veut pas de gouines ici »… C’est par ces mots que Cynthia et Priscilla, 21 ans, avaient été accueillies lors de leur emménagement à Epinay-sous-Sénart (91) en janvier 2009. C’est par des coups qu’elles en ont été chassées début juillet. Il aura fallu six mois aux agresseurs, et force insultes et menaces, pour accomplir leur dessein.
Chassées de leur logement, Jessica et Virginie, résidant à Segré (49), l’ont également été à la mi-juin. Durant un an, une vingtaine de jeunes postés en bas de chez elles leur ont fait vivre un enfer, allant jusqu’à pointer sur elles une arme à feu. À Bondoufle (91), début juin, c’est à visage couvert mais à mots ouverts qu’on s’en est pris à Aude et Hélène*. « Putain de lesbienne, tu pollues la rue » : cet infâme gribouillage ornait le pare-brise de leur voiture, vandalisée à plusieurs reprises.
Et c’est sans compter les agressions en pleine rue par des inconnus. Au parc Saint-Pierre, à Calais, le 30 mai, trois lesbiennes sont frappées au visage par un homme de 25 ans, qui, pour sa défense, prétend « qu’il croyait s’en être pris à trois hommes… » Au cœur de Metz, le 3 août, une femme de 30 ans est bousculée puis frappée, après avoir été copieusement insultée.
Pour les lesbiennes, l’été 2009 a été chaud … La lesbophobie serait-elle florissante ? De fait, selon SOS homophobie, on observe en France, une augmentation des agressions physiques envers les lesbiennes (15 % des témoignages reçus en 2008 contre 6 % en 2007), notamment dans les lieux publics et le voisinage, phénomène qui s’avérait jusqu’alors plutôt l’« apanage » des gais (le fameux « cassage de pédé »).
– Gardons-nous toutefois de tirer des conclusions hâtives sur son regain :
D’abord, la lesbophobie ne date pas d’hier : elle est une constante plurimillénaire, vieille comme Hérode, ou… Sappho.
– Ensuite, ce n’est pas parce qu’on en parle plus aujourd’hui, qu’elle s’avère plus répandue. D’une part, les médias, qui se sont longtemps désintéressés des femmes (sans parler de leur homosexualité…), relatent plus volontiers les violences lesbophobes, dans un contexte global de lutte contre les discriminations. La lesbophobie s’avère mieux connue et reconnue : on sait qu’elle existe et on la condamne (du moins sur le papier). De l’autre, dans ce contexte plus favorable, les lesbiennes osent plus souvent parler des agressions qu’elles subissent, porter plainte et alerter médias, pouvoir publics et associations.
– Enfin, la lesbophobie change de visage avec l’évolution des mœurs et des lois. Longtemps, c’est son âme damnée, le système patriarcal, qui s’est chargé de la répression : il garantissait l’oppression des femmes au sein même de leur « foyer » (qui reste, rappelons-le, le principal lieu des violences à leur encontre). Ne disposant pour toute liberté que celles d’être fille, épouse et mère de…, il leur était quasi impossible de vivre leurs amours lesbiennes. Du reste, on vouait l’homosexualité au silence et au mépris : « Que des femmes se passent d’hommes ? Vous plaisantez ! » Aujourd’hui, c’est effectif. Grâce aux libérations féministes et homosexuelles, elles sont de plus en plus nombreuses à vivre leur homosexualité au long cours et au grand jour. Ce qui irrite violemment les susceptibilités de ceux qui voudraient continuer à voir le « saphisme » comme une passade ou un fantasme sexuel. Ce qui déclenche la colère et les coups de ceux qui voudraient nous voir retourner dans l’ombre du placard.
Pour les lesbiennes, l’été aura été chaud… Mais elles ont aussi montré qu’elles étaient prêtes à en découdre avec leurs agresseurs, quitte à les envoyer… au frais. Grâce à elles, comme à toutes celles qui osent, courageusement, briser la loi du silence, il y a fort à parier que le « cassage de gouines » ne deviendra jamais une pratique banale, ni une expression coutumière.

*Les prénoms ont été modifiés.