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“À l’école de la diversité… Le traitement de l’homosexualité féminine dans une série populaire. L’exemple de Plus belle la vie.” Miroir/Miroirs – revue des corps contemporains N° 4, éd. des Ailes sur un tracteur, janvier 2015

avec Natacha Chetcuti, sociologue et anthropologue, dans “Plus gouine la vie. Où son les lesbiennes ?”

Société française et actualité

00569631_P0026351L’une des clés du succès exceptionnel du feuilleton repose sur la représentation de toutes les minorités sociales. Les lesbiennes y sont donc présentes. Le sont-elles au même titre que d’autres minorités sexuelles, notamment la minorité gay ?

Plus belle la vie compte à ce jour dix saisons et près de 2600 épisodes, ce qui en fait l’une des séries télévisées françaises les plus durables. D’après une étude du CSA publiée en 2013, depuis sa première diffusion, le programme a connu une progression exceptionnelle de son audience, atteignant 20 % de part annuelle moyenne dès 2006, et il s’est maintenu à ce niveau depuis. Son succès ne se dément pas sur Internet où il arrive en tête des programmes les plus streamés. Et pour cause, le feuilleton est fédérateur. Il rassemble toutes les catégories socio-culturelles et toutes les tranches d’âge, bien que son auditoire soit particulièrement féminin (21,2 % des femmes de moins de 50 ans alors qu’aucune autre série ne dépasse les 10 % de parts de marché sur cette cible) et jeune, puisque les 15-24 ans sont les spectateurs les plus assidus.

Plus belle la vie emprunte des ingrédients au soap opera (comme Amour, gloire et beauté, aux États-Unis, ou Coronation Street, au Royaume-Uni, pour les plus regardés) : fins à rebondissement ou cliffhangers, histoires durant plusieurs épisodes, récits entremêlés, intrigues tirées du polar. L’une des spécificités principales de Plus belle la vie, qui n’est ni une chronique sociale réaliste, ni un soap à proprement parler, réside dans le mélange de trois éléments. Chaque épisode est constitué de trois « arches », dans le langage des scénaristes : la première, qui en est le socle, est le récit à suspense ; la deuxième, une histoire évoquant un sujet de société qui, souvent, fait débat et divise l’opinion (avortement, drogue, homoparentalité, racisme, délinquance, voile islamique, sans-papiers, sida, émeutes urbaines, cancer, viol, esclavage moderne, etc.) ; enfin, la troisième relève de la comédie de mœurs.

Plus belle la vie retrace la vie des habitants du quartier fictif populaire du Mistral, situé au cœur de Marseille. Autour de lieux symboliques, carrefours des échanges (bar du Mistral, hôtel Le Sélect, salon de beauté Les Belles du Mistral, cabinet médical, commissariat, lycée Vincent-Scotto), se croise une série de personnages qui, par leurs origines ethno-raciales, leur nationalité, leur âge, leur confession religieuse, leur profession, leur capital culturel, économique, leur orientation sexuelle, veut refléter la diversité socioculturelle de la population française. C’est ce que le sociologue Pierre-André Taguieff nomme l’antiracisme « mixophile » :

51jlURdT9yL._SX360_BO1,204,203,200_« La définition du racisme-idéologie comme mixophobie a provoqué l’apparition d’une nouvelle forme d’antiracisme, un  antiracisme mixophile, centrée sur l’éloge inconditionnel du métissage, voire, chez certains théoriciens, sur l’érection du métissage en méthode de salut. La politique antiraciste se réduit dès lors à un programme de métissage des populations, tandis que la morale antiraciste repose sur une obligation ou un devoir de métissage » (« Mixophobie et mixophilie », Dictionnaire historique et critique du racisme, PUF, 2013)

La série s’affirme ainsi multiculturelle. Outre la représentation des minorités, dont certaines sont parfois peu visibles, voire invisibles, sur les écrans telles que les lesbiennes, Plus belle la vie véhicule des messages dénonçant leur stigmatisation et les discriminations : racisme, sexisme, homophobie, classisme, discriminations fondées sur le corps (obésité, handicap). La série propose une lecture politique des questions citoyennes et des débats socioculturels qui agitent l’opinion publique, dans laquelle on peut voir une tentative de sensibilisation des téléspectateurs. « La mosaïque sociale représentée induit des problématiques identitaires et permet à la série d’aborder une réflexion autour de l’altérité, de l’acceptation ou du rejet de la différence, de la tolérance et de l’intolérance » (C. Bryon-Portet, La dimension politique de la série Plus belle la vie, Mots. Les langages du politique, n°99, Fictions politiques, 2012).
Le succès du feuilleton réside ainsi en partie dans la manière dont il parvient à aborder des questions qui font écho à l’actualité, puisque l’intrigue se déroule « en temps réel » (la date de l’épisode correspond à la date du jour de diffusion). Unique à une heure de grande écoute, le ton adopté, bien qu’il soit sans tabous ni clichés, parvient à ne pas heurter l’audience en exposant les différents points de vue polémiques. Les positions conservatrices sont en revanche souvent tenues par des personnages tournés en dérision, ce qui est une manière de prendre parti. Ainsi, lors des débats sur le mariage pour tous et l’homoparentalité en 2013, le personnage de Mirta est montré comme la « coincée de service ». L’« homophobie », seul terme employé, est par ailleurs condamnée soit par la voix des personnages qui en sont témoins ou victimes, soit par la mise en scène de situations révoltantes. Le terme de « lesbophobie », peut-être perçu par les scénaristes comme « segmentant » car radical ou peu connu, n’est jamais prononcé. Pour servir une forme de consensus social bienveillant, la série veille enfin à représenter les minorités sexuelles d’une manière « douce » ou « policée », drôle, non choquante bien que libérée, sans « provocation » quoique relativement réaliste. Malgré le fait que Plus belle la vie provoque l’indignation de la droite réactionnaire (revue en ligne Polémia) et de l’extrême droite (Rivarol), son succès témoigne que la série ne suscite pas celle du grand public, en présentant notamment des homos « acceptables ». Il en va de même de la représentation des populations migrantes ou descendantes des migrations, qui ne doit pas constituer une menace pour la cohésion républicaine et doit donc exclure tout communautarisme ou radicalisme.

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Plus belle la vie ose aborder des sujets « audacieux » pour le paysage audiovisuel français, et parfois en pleine période de débat public. Après avoir montré le premier baiser homosexuel, la série célèbre le premier mariage entre deux hommes de l’histoire de la télévision française le 12 juillet 2013, tandis que les opposants au mariage manifestent encore leur hostilité. Selon le site non officiel « Plus belle leur vie », 126 épisodes montrent au moins un baiser entre deux personnes du même sexe, sept scènes avec deux hommes dans le même lit et deux scènes avec deux femmes. L’homosexualité fait également partie des thèmes les plus fréquemment abordés.

On y voit en outre un nombre relativement important de gays et lesbiennes, qu’ils et elles soient des personnages récurrents ou ponctuels. Depuis le début de la série, on dénombre près d’une quinzaine de personnages gays et lesbiens majeurs au regard de l’histoire, qui gravitent autour de Thomas Marci, le serveur du bar Le Mistral, un personnage populaire tout comme l’acteur qui l’incarne, Laurent Kérusoré, ouvertement gay, et de Céline Frémont (Rebecca Hampton), avocate qui prend conscience de sa bisexualité durant la saison 4. À l’écran, nous avons recensé au moins seize personnages gays, dont quatre ont ou ont eu des rôles importants (le juge Florian Estève, le policier Nicolas Barrel, tout deux ex-compagnons de Thomas Marci, ainsi que son compagnon actuel, le docteur Gabriel Riva), et huit personnages lesbiens, dont quatre primordiaux (Céline Frémont et sa compagne, la chef de chantier Virginie Mirbeau (Virginie Pauc), les adolescentes Léa Leroux (Charlotte Deysine) et Cristal Martin-Ballester (Fadia Dumont)).

12194485_10207934136331399_608210195_oReprésentation gay et lesbienne

Dans le contexte d’une sous-représentation des femmes à la télévision, les figures lesbiennes sont, dans Plus belle la vie, comme dans la majorité des séries, moins nombreuses que les figures gays. Leur temps de présence, donnée plus significative que le nombre de personnages, conforte cette inégalité : la primauté est accordée à l’homosexualité masculine, notamment par l’apparition quasi quotidienne de Thomas Marci. Il serait ainsi le second personnage de la série en termes de présence, comptant 1 564 apparitions depuis la saison 1 en mars 2005 jusqu’à la saison 9, tandis que Céline Frémont joue au total dans 1 167 épisodes. Depuis qu’elle a vécu sa première relation avec une femme (saison 4), Céline est apparue dans 666 épisodes. Courant sur les saisons 4 et 5, son histoire avec Virginie Mirbeau, qui est la seule relation lesbienne durable entre adultes, comptabilise moins de 250 épisodes (soit un quart de ses apparitions totales). Surtout, depuis février 2013 (épisode 2161, saison 9), et que le couple Léa/Cristal s’en est allé après à peine quelques épisodes, l’homosexualité féminine n’est plus incarnée. Le couple Thomas/Gabriel, qui s’est noué le 10 juin 2011, perdure, lui, depuis plus de 1 130 épisodes. Leur relation, stable, assumée, connue et acceptée de tous, a été ponctuée par un emménagement, un mariage et, récemment, l’adoption de deux adolescents. Chaque épisode est ainsi l’occasion pour les téléspectateurs de partager le quotidien d’un couple gay « ordinaire ».

12179289_10207934136091393_1312857713_nOn notera toutefois que l’homosexualité féminine est comparativement bien plus représentée dans Plus belle la vie que dans l’ensemble des séries françaises à la télévision, et cela dès janvier 2006. Les femmes lesbiennes ou bisexuelles, quel que soit leur âge, finissent toutes par assumer complètement leur homosexualité (c’est la règle dans Plus belle la vie !). Leur manière de se dire est d’ailleurs signifiante. Le terme « gouine » n’est employé qu’à deux reprises, par Christelle Le Bihac (Juliette Wiart) et Céline Frémont, et toujours dans un contexte de provocation envers un homme hétérosexuel. Céline, qui rejette les catégories et incarne par son parcours amoureux la fluidité des sexualités et des sentiments, s’identifie parfois comme « bisexuelle », notamment au début de sa relation avec Virginie, employant par ailleurs le terme « homo » ou « homosexuelle » pour désigner sa compagne. Le terme « lesbienne » est enfin celui qu’utilise le plus souvent Virginie, homosexuelle exclusive et assumée, qui se situe, elle, plutôt dans une démarche « identitaire ».

Dans la série, comment les relations lesbiennes sont-elles montrées ? Au premier abord, elles semblent véhiculer un certain nombre de préjugés défavorables à l’homosexualité féminine : adolescente en quête de repères qui déteste les hommes (Christelle) et adulte paumée (Céline), relations instables et malheureuses, fins tragiques. Mais l’analyse des représentations permet de nuancer cette idée, voire de la contrecarrer. D’abord, l’arcane majeur du feuilleton s’avère le polar, et aucun personnage n’est épargné par les difficultés de l’existence, quotidiennes ou rocambolesques. Ensuite, Plus belle la vie se caractérise par la diversité des représentations : à Christelle, la jeune fille borderline au vécu familial « dysfonctionnel », victime de violences masculines lesbophobes, s’oppose Léa, adolescente choyée et sereine, qui traverse une période de trouble momentané lorsqu’elle découvre son homosexualité ; à Céline, qui a été hospitalisée à la suite de tentatives de suicide en raison de rapports parentaux destructeurs et qui enchaîne les relations malheureuses au destin parfois funeste (selon le site officiel, si Céline est bisexuelle, c’est parce que « comme elle n’a pas de chance en amour avec les hommes, elle s’est également tournée vers les femmes »), s’oppose Virginie, lesbienne épanouie. Enfin, on remarque une évolution positive dans le traitement de l’homosexualité féminine, depuis les premières histoires lesbiennes, jusqu’à la dernière, en décembre 2012. Et cela bien qu’elles ne servent pas nécessairement de miroirs aux débats publics ni ne coïncident avec l’actualité (ce qui est le cas des histoires gays).

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Nous identifions chronologiquement trois modes de représentation : les modes « tragique » (début : janvier 2006), « progressiste » (octobre 2008) et « pédagogique » (décembre 2012). Les premières histoires lesbiennes ont une dimension purement dramatique et placent les protagonistes dans des rôles de victimes : après avoir été violée aux Antilles par des agresseurs lesbophobes, Christelle, 18 ans, a fugué à Marseille. C’est une jeune fragile, agressive, en révolte contre l’autorité. Elle flirte avec Jenny Maubert, jeune sans domicile fixe qui la quitte après un larcin, puis elle éprouve une passion unilatérale pour Luna Torres, de vingt ans son aînée. Malgré une aventure avec Anaïs, jeune lesbienne « équilibrée », son obsession la conduit, après une tentative d’assassinat et de suicide, à l’internement psychiatrique. Correspond également à ce mode la relation de Céline Frémont avec Myriam Holst (Margot Faure), une veuve noire qui tombera sous les balles de son complice et amant jaloux. Certes, Myriam est entre-temps tombée amoureuse de Céline, mais l’on se trouve devant la traditionnelle représentation de la relation « tordue », où une femme inauthentique (la brune, en l’occurrence hétérosexuelle) manipule une dulcinée naïve (la blonde, en l’occurrence bisexuelle), le tout se terminant dans des effusions de larmes et de sang.

Le mode « progressiste » caractérise la principale relation entre femmes adultes, celle de Céline Frémont et de Virginie Mirbeau, trentenaires séduisantes et indépendantes (octobre 2008). Les deux femmes vivent une histoire passionnée, qui débouche sur une situation de conjugalité socialement « classique », impliquant la cohabitation et un projet d’enfant par insémination artisanale, en coparentalité avec leur meilleur ami gay, Thomas (la thématique portant sur la relation entre homosexualité et droits reproductifs présente à ce moment de la série s’inscrit dans le débat très controversé qui a eu lieu pendant deux ans (2004-2006), lors de la forte médiatisation de la célébration du mariage civil entre deux hommes par Noël Mamère, en juin 2004. Les débats publics, en France, sur la question de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes ont été réactivés France lors du débat sur la loi « Mariage pour tou-te-s » en 2012). Cette idylle lesbienne garde toutefois une dimension dramatique, et cela à toutes les étapes de la relation (leurs tentatives de procréation échouent, par exemple). Elle est d’ailleurs brutalement interrompue par Virginie, au prétexte que Céline sera « toujours une hétéro ».

Reste que cette histoire demeure si (exceptionnellement) positive que ses nombreux fans, mécontents de la rupture, adressent une pétition de protestation à TelFrance, la maison de production. Ils arguent que Céline n’a jamais été aussi sereine et que les producteurs sont « les premiers à avoir eu l’intelligence de faire bouger la société par l’exemple d’un couple lesbien épanoui, heureux et fidèle, à la télévision française et, qui plus est, dans une série familiale, à une heure de grande écoute. Ce couple, fort apprécié de tous, a changé le regard porté sur l’homosexualité féminine ».

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Le dernier mode, « pédagogique » (décembre 2012), est celui de l’histoire de Léa, 17 ans, qui s’éprend de Cristal, la petite amie de son jeune frère. Cette « incartade » aurait pu donner une mauvaise image du lesbianisme, si le scénario ne décrivait favorablement cette rencontre : d’abord, Cristal tombe également très amoureuse de Léa. Ensuite, les deux jeunes filles sont présentées comme douces, gentilles, moralement « pures » en quelque sorte. Enfin, à cette occasion, elles prennent toutes deux conscience de leur homosexualité. L’issue de leur histoire, prise au sérieux et acceptée par leur entourage, est heureuse. De quoi sensibiliser le public à la cause. Dans cette représentation, la norme qui prévaut est celle de l’acceptation, de la compréhension. Par leur jeune âge, elles placent la question de l’amour lesbien du côté de la modernité, voire de l’avenir.

 

Un lesbianisme consensuel

Baisers entre femmes et (chastes) étreintes au lit, voire évocation de jeux sexuels, déclarations d’amour, affirmation de son identité lesbienne et du désir de vivre ouvertement sa relation amoureuse, comings out successifs, dénonciation de l’homophobie, cohabitation et insémination artisanale, Plus belle la vie a donné le premier rôle à l’homosexualité féminine, mettant en scène des personnages « lesbiens » aux caractéristiques d’âge, de classes sociales et de genre divers (à noter toutefois qu’aucune n’est issue des migrations postcoloniales).

Loin de faire offense aux bonnes mœurs, les figures lesbiennes de Plus belle la vie semblent incarner un lesbianisme édulcoré, « consensuel », relativement lisse. À cela, nous avançons quatre éléments d’explication : ne pas trop bousculer le téléspectateur, ce qui serait contre-productif dans un souci de promouvoir l’acceptation des différences ; aller contre les évidences partagées : « Les lesbiennes sont masculines », « Elles préfèrent rester entre elles », « On ne peut pas être heureuse quand on est lesbienne ». Il s’agit en effet de montrer que les lesbiennes sont comme toutes les autres femmes ; afficher l’image d’une société « unie malgré les différences », et donc ni communautés, ni revendications « séparatistes » ; refléter les modus vivendi des jeunes et très jeunes générations lesbiennes pour lesquelles la transgression des normes de genre s’avère moins prégnante. De tout cela résulte une forme de « banalisation » ou de « normalisation » de l’homosexualité féminine, synonyme d’une cohabitation des différences réussie.

Prenons l’exemple de la transgression des normes de genre. Loin d’être contestatrice d’une vision binaire des genres, la série, qui entend explicitement lutter contre le stéréotype d’hypermasculinité associé au lesbianisme (tout en s’avérant du même coup stigmatisante pour les lesbiennes butch/« masculines » invisibilisées), relaie la vision d’une homosexualité dans laquelle les féminités « acceptables » restent la version privilégiée. Ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour les gays, dans la mesure où Thomas est « efféminé ». Cette asymétrie laisse à penser que la masculinité des femmes est encore aujourd’hui socialement subversive. Ainsi, lorsque Céline s’inquiète d’accompagner Virginie au Pink Lady, une boîte lesbienne, Thomas se moque de ses « préjugés sur les homos » (épisode 976) : Thomas Marci : « Tu vas te faire draguer comme une bête. Au Pink Lady, c’est butch à mort ». Et de poursuivre : « Butch, c’est les nanas qui ont adopté un style camionneuse. Elles ont des débardeurs, elles boivent beaucoup de bière, et je te dis pas les tapes au cul ».

Aux antipodes de la figure stéréotypée et « repoussoir » des « camionneuses » souvent montrée à l’écran, les lesbiennes présentes dans Plus belle la vie, quel que soit leur âge et leur classe sociale, correspondent donc aux normes de la « féminité », qu’elles soient physiques (cheveux longs ou mi-longs, bijoux, maquillage, tenues « sexy ») ou morales (douceur, souci de l’autre, soumission aux hommes), et les transgressent assez peu. Les couples de femmes, minces, blanches, qui ne manifestent aucune altérité de genre, correspondent aux canons de beauté féminine et de séduction contemporains, mais aussi aux duos « porno chic » des images publicitaires. Féminités exacerbées et sophistiquées, elles se renvoient un reflet symétrique. Cette séduction féminine en miroir permet de rendre visible un lesbianisme somme toute plaisant. Par ailleurs, les « plus-belliennes » ne fréquentent pas ou peu la communauté et les lieux lesbiens, elles ne sont pas militantes, ne défilent pas à la Marche des fiertés, ne se proclament ni féministes, ni lesbiennes politiques, ni séparatistes, ni queer, elles ne s’intéressent pas à la culture lesbienne, et aspirent à l’amour, au couple stable, à la procréation. Pourtant, l’homosexualité féminine, même de bon ton, reste subversive dans ce contexte de production. Et représenter de manière récurrente de tels couples de femmes épanouies, indépendantes des hommes à tout point de vue, n’a rien d’une évidence à la télévision française à une heure de si grande écoute.

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Homosexualité, classes sociales et hétérosexisme

Loin des intrigues de millionnaires (amour, pouvoir, argent) souvent dépeintes dans les soap operas, le feuilleton Plus belle la vie raconte le quotidien des classes moyennes (commerçants, employés, fonctionnaires). Son adéquation à la réalité de la société française s’illustre par la moindre représentation des couches sociales les plus pauvres, incarnées par exemple par Dominique, sans domicile fixe, et des couches des plus aisées, symbolisées par Charles Frémont ou Anémone Vitreuil, dans les affaires et corrompus. D’autres tenants du pouvoir occupent parfois le centre de l’intrigue, comme l’entrepreneur Vincent Chaumette et l’avocate Céline Frémont (fille de Ch. Frémont). Ces populations se mêlent joyeusement sur la place du Mistral avec quelques problèmes de vraisemblance. Mais la rencontre de ces mondes ne va pas sans conflit, notamment lorsqu’une femme ou un couple lesbien sort du placard.

12200821_10207934137931439_1740342654_nAlors qu’au quotidien, les écarts de classe sociale ne sont pas abordés, les situations de coming out mettent au jour les diverses façons dont les interlocuteurs réagissent face à l’homosexualité selon leurs origines sociales, et leur capital économique et culturel. Les dialogues et les mises en scènes révèlent les efforts déployés par les personnages pour intégrer l’homosexualité d’une proche (sœur, fille, amie), en fonction de leurs adhésions aux valeurs normatives. En sont une bonne illustration, dès mai 2008, les réactions des pères de Céline Frémont et de Virginie Mirbeau (Fernand Mirbeau, marin pêcheur) lorsqu’ils apprennent que leurs filles sont en couple ensemble. Tous deux réprouvent en effet, pour des raisons différentes, la relation entre Céline et Virginie, mettant en avant la différence de classes entre les amantes. Ainsi, pour le père de Virginie, Fernand, Céline est « de la haute » et il s’inquiète qu’elle ait honte de sortir avec la fille d’un pêcheur. Pour le père de Céline, Charles Frémont, il n’est pas question de mêler les habitus des classes dominantes à ceux des classes subalternes. Les conséquences de l’hétérosexisme concernent donc ici des enjeux d’hétérogamie de classe sociale (couples où les conjointes sont de classes sociales différentes). C’est un autre aspect du parti pris politique de Plus belle la vie. Tout au long de leur histoire, les deux femmes seront confrontées au mépris du milieu d’origine de Virginie, qualifiée par Frémont et Chaumette de mauvais parti. Frémont ne cessera de nier Virginie en tant que femme et lesbienne, notamment en présentant des « bons partis » à Céline devant elle.

12202314_10207934138811461_1502653902_nDeux enjeux apparaissent dans ce rapport entre homosexualité et classe sociale. Le premier est commun aux campagnes de communication d’annonceurs grand public qui utilisent des « couples homosexuels ou des familles homoparentales afin d’illustrer les valeurs de tolérance, d’ouverture d’esprit ou d’impertinence qu’ils souhaitent associer à leur marque » (S. Kunert, Publicité, Genre et Stéréotypes, Editions Lussaud, 2013, p. 106). Dans Plus belle la vie, cet enjeu s’exemplifie par la mise en scène du coming out, en particulier en 2012 et 2013, lors des périodes de débats sur l’accès au mariage pour les couples de même sexe, à l’adoption et à la PMA. Le second enjeu concerne l’ouverture d’esprit plus grande attribuée aux classes populaires et moyennes par rapport aux classes dominantes. La sortie du placard lesbien devient dans la série le révélateur d’affrontements de classes et d’enjeux sociaux autour de l’intégration des minorités sexuelles.

Le couple Céline-Virginie, qui enfreint les règles de classe et de codes culturels, se voit également confronté à la prétention hégémonique masculine hétérosexuelle. Avant de savoir que Virginie Mirbeau est lesbienne et avant que les deux femmes ne sortent ensemble, Vincent Chaumette impose à Virginie des tentatives de séduction pénibles, voire agressives, ce qui témoigne de l’impensé du lesbianisme comme sexualité à part entière. Le fait que Vincent, patron de l’entreprise qui recrute Virginie, se montre aussi sûr de lui, manifeste la préoccupation des scénaristes à l’égard de la critique de l’hétérosexisme. Certes, les personnages de Virginie et Céline incarnent parfaitement les représentations normatives de la féminité, ce qui ne remet pas en cause le présupposé universel de l’hétérosexualité. Mais Virginie est une figure autonome, elle exerce une activité professionnelle majoritairement occupée par des hommes (chef de chantier), et elle présente une allure un peu plus « masculine » que sa compagne. Cette mise en scène permet de saisir en creux l’aspect construit des attendus de genre, ainsi que la dimension systémique de la lesbophobie. La stratégie du scénario consiste en effet en une dérision des propos de Vincent Chaumette qui, mise en perspective avec le fait qu’il n’imagine pas que les deux femmes puissent être en couple, insiste sur les stéréotypes sociaux de la domination masculine.

Dans l’épisode 927, Vincent fait des avances insistantes à Virginie, qui les refuse. V.C. : « Je sais que ce milieu n’est pas tendre avec les femmes, mais vous êtes toujours si dure. Si vous vous laissiez un peu aller, ce serait beaucoup plus simple ». Puis il entreprend de la prendre de force dans ses bras et de l’embrasser. Virginie le repousse alors et s’exclame : V.M. : « Vous être un gros con, macho et ridicule ». Dans le même épisode : V.C. : « Les mecs c’est pas son truc (d’un air méprisant), elle serait lesbienne que ça ne m’étonnerait pas ».

Bien que cela ne soit pas formulé de façon discursive (ce qui est le cas des discriminations relatives au sexisme), certaines spécificités de la lesbophobie sont rendues manifestes par les situations mises en scène ou évoquées : viol « correctif » de Christelle Le Bihac (saison 2), assauts de Vincent à l’encontre de Virginie, négation de la relation de Céline par son père. Autant d’agressions qui témoignent que la « lesbophobie » ne relève pas d’une simple intolérance individuelle mais est bien le résultat d’un système de domination hétérosexiste. Somme toute, Plus belle la vie laisse entendre que la classe dominante supporte mal que les femmes leur échappent, en tentant notamment de se réapproprier leur corps.

Plus loin dans la saison 4, alors que la relation amoureuse entre Virginie et Céline s’installe dans la continuité, elle achoppe de nouveau sur l’hostilité sociale, lorsqu’elles annoncent leur désir d’enfant et leur souhait de recourir à la procréation médicalement assistée. Sur ce point également, les différentes réactions suscitées sont au cœur des enjeux de classes sociales. Les deux femmes proposent à Thomas Marci d’être le donneur, permettant à Céline de devenir la mère biologique et à Virginie la mère sociale. Les pères de Virginie (Fernand) et de Thomas (Roland Marci, le propriétaire du bar) se réjouissent de ce projet de maternité qui permettra une authentique filiation entre les deux familles aux origines sociales communes ; dans une revanche de classe très catégorique à l’égard des Frémont, leur réaction exprime une franche opposition à Charles (obsédé par l’argent, malhonnête, manipulateur). Pour ce dernier, il s’avère incompatible d’être lesbienne et potentiellement mère. La raison qu’il avance est l’impératif de maternité de l’hétérosexualité féminine. Dans l’épisode 966, il déclare : « La relation lesbienne est contre-nature, je n’aurai pas de petits-enfants à faire sauter sur les genoux ».

Le parallèle entre l’homosexualité et une sexualité contre-nature rappelle les arguments des opposants à l’ouverture de la loi sur le mariage aux personnes gays et lesbiennes en 2013, défendant les valeurs les plus conservatrices des droites réactionnaires et/ou nationalistes. Précédemment, dans l’épisode 961, Vincent Chaumette fait également référence à l’idée de « relation contre-nature », en ajoutant : « Elle (Céline) a trop besoin des hommes ». En plus du renvoi bien ordinaire de l’homosexualité à la perversion, le personnage exprime ici le discrédit du lesbianisme.

La scène où Jean-François Leroux (brigadier de police) comprend que sa fille Léa aime Cristal et qu’elle est lesbienne est une bonne illustration du renversement du stigmate. Époux d’Élisabeth Nebout, dite Babeth (infirmière à l’hôpital) pendant deux ans, Jean-François voit naître deux jumelles, Léa et Émilie, durant leur mariage. Quelques années après, Babeth rencontre Patrick Nebout (commandant de police au commissariat où travaille Jean-François), qu’elle épouse et avec qui elle va vivre et éduquer les jumelles. Le brigadier garde avec ses deux filles une relation proche, même s’il n’est pas en charge de leur éducation dans l’ordinaire des jours. Dans la scène qui nous occupe, Léa vient de se réveiller du coma à l’hôpital et sa petite amie Cristal l’embrasse lorsque Jean-François fait irruption dans la chambre. Contrairement au couple éducatif Babeth et Patrick, Jean-François a dans un premier temps une réaction de déni et d’incompréhension. Ses premières paroles à sa fille sont : « C’est juste une expérience pour toi ? Tu te rends quand même bien compte que ça n’est pas une réaction normale. Tu ne veux pas être comme ça toute ta vie quand même ? Un jour tu voudras des bébés ! » Il espère, dit-il, que cela va lui passer et parle de « maladie honteuse ». Dans l’épisode suivant (2129), la mère et le père de Léa ont une discussion houleuse :

J.F. Leroux : « (…) je l’ai vu en train d’embrasser une fille sur la bouche, j’allais quand même pas laisser faire.
E. Nebout : Ah d’accord, donc du coup, tu as préféré lui sortir des débilités réacs, c’était mieux.
J.F. Leroux : Mais enfin, Babeth on peut quand même lui expliquer que c’est mieux pour elle si elle devient pas…, enfin je veux dire si elle a une vie normale, quoi !
E. Nebout : Enfin, qu’est-ce que ça peut faire si elle est homosexuelle, tu l’aimerais moins ?
J.F. Leroux : Ben non, pas du tout, ce que je veux, c’est son bonheur. Reconnais quand même que dans une société comme la nôtre, c’est beaucoup plus difficile pour ces gens-là que pour les gens normaux.
E. Nebout : Ah ok, parce que pour toi il y a les gens normaux et les homosexuels ? À part ça, t’es pas réac du tout.
J.F. Leroux : Ben non, moi j’ai rien contre les homosexuels, enfin attends, tu reconnais quand même que j’ai raison, tu serais pas contente si elle pouvait pas avoir d’enfants ?
E. Nebout : Enfin, pourquoi elle pourrait pas avoir d’enfants, évidemment qu’elle pourra avoir des enfants !
J.F. Leroux : Ah oui, avec la banque du sperme, ou avec un type comme ça ramassé uniquement pour se reproduire, tu parles d’une image du bonheur, toi !
(…)
E. Nebout : Ben tu sais quoi, je crois qu’elle avait raison, il vaut mieux pas que tu passes Noël avec nous ! »

Le regard critique que porte Babeth sur la réaction négative de Jean-François manifeste la prise de position de Plus belle la vie. Ici, le discours normatif est renvoyé à une position rétrograde, révélatrice d’une idéologie hétérosexiste influencée par une inégalité de capital culturel. L’homosexualité n’a même pas à être discutée. Elle doit être immédiatement intégrée par l’interlocuteur, sous peine d’être ostracisé. Alors que Jean-François pense parler du point de vue du bien-fondé de la norme, il ne comprend pas la logique des réactions de ses proches (ses filles, son ancienne compagne et son collègue et actuel mari de Babeth), qui l’exclut des réunions familiales.

La position de Jean-François, distincte de celles des autres membres de la famille, témoigne très directement de l’adhésion aux normes selon la position occupée dans les rapports de classe. Bien qu’il fasse partie de la fonction publique comme Patrick Nebout et Babeth, son statut hiérarchique est moins élevé que le leur. Ces derniers appartiennent en effet aux nouvelles classes moyennes plutôt à gauche ou social-démocrate qui soutiennent généralement les revendications d’égalité, comme celles de l’ouverture au mariage pour les personnes gays et lesbiennes. L’évocation du modèle démocratique d’intégration s’accompagne donc toutefois de l’accentuation des stéréotypes de classe. Elle enclenche également un mécanisme d’exclusion du personnage rétif au changement des mœurs sexuelles. La maladresse de Jean-François, qui souffre de cette mise à l’écart quasi punitive, le rend toutefois sympathique aux spectateurs.

Ce qui est en jeu dans ces épisodes, ce n’est pas tant la question de l’homosexualité que celle de l’homophobie. Il s’opère un véritable renversement de la lesbophobie du côté de la minorité. La succession des discussions autour de la résistance de Jean-François Leroux dessine la figure du réprouvé : celui qui n’arrive pas à dépasser son incompréhension du lesbianisme. Au final, on nous fait comprendre que c’est l’homophobie et/ou la lesbophobie qui rend malheureux, pas l’homosexualité.

Néanmoins, au fur et à mesure des séquences, les personnages éprouvent davantage de compassion envers le « réprouvé ». Ce changement d’attitude est énoncé d’abord par Patrick, le beau-père de Léa (épisode 2140) : « Léa, c’est ton père, tu ne peux pas le rejeter, parce qu’il n’arrive pas à admettre que tu sois différente ». Cette demande vient mettre en lumière une expérience que vivent fréquemment les personnes stigmatisées. S’il n’est pas possible pour les individus s’identifiant comme gays et lesbiennes d’accepter les attitudes hétérosexistes, ils doivent toutefois négocier avec la norme et se montrer indulgents vis-à-vis des difficultés qu’éprouve leur entourage pour accepter leur homosexualité. Quelques épisodes plus tard, le père de Léa opte pour le bonheur de cette dernière. Il financera même les études de sa fille, qui part retrouver son amoureuse dans un pensionnat en Suisse.

La dimension caricaturale des représentations du père de Léa (classe populaire et culture country) et du père de Céline (supériorité et de mépris des classes dominantes) dessine la figure repoussoir du lesbophobe hétérosexiste, mise à distance par le persiflage de classe. Ce processus rejoint l’analyse de Nelly Quemener sur les univers fantaisistes et caricaturaux de la scène humoristique : « Par leur dimension carnavalesque ou grotesque, ils proposent une forme de catharsis transformant les traits naturalisés de la classe en faiblesses et freins à l’idéal normatif, et révélant à travers eux les injonctions du monde moderne » (N. Quemener, Le pouvoir de l’humour, INA Editions & Armand Colin, 2013, p. 77.). Ainsi dans la série Plus Belle la vie, classe moyenne et classe populaire aux valeurs intégratrices sont gratifiées d’une ouverture d’esprit par rapport au lesbianisme qu’elle considère comme une sexualité autorisée au même titre que l’homosexualité masculine et la bisexualité.

Un processus d’assimilation

Le feuilleton Plus belle la vie se fait fort de représenter l’ensemble de la société française contemporaine, et de promouvoir l’acceptation des différences en se positionnant dans les débats d’actualité. À ce titre, il met en scène des personnages gays et lesbiens et s’inscrit dans une visée pédagogique d’égalité des droits. En termes conjugaux et familiaux, se côtoient donc des familles recomposées, des relations hétérosexuelles de courte durée, des couples homosexuels, dont l’un est marié, sans que ne soit valorisé un modèle par rapport à l’autre. L’ensemble de ces différentes manières de « faire famille » ou de « faire couple » s’inscrit dans un mouvement social de transformation de l’accès au mariage et à la filiation. Au sein de cette diversité, les lesbiennes sont présentes dans la série, parfois durant d’assez longues périodes, bien qu’elles soient minoritaires par rapport aux gays. Cela constitue un fait notable en soi au regard de leur quasi-invisibilité dans le paysage audiovisuel français. Certes, Plus belle la vie ne désacralise pas le mythe hégémonique de l’hétérosexualité. Mais montrer à l’écran, de manière positive, des femmes qui s’aiment, épanouies et socialement acceptées, montrer le quotidien d’un couple lesbien, ses tentatives d’insémination « artisanale », dans un feuilleton vu par 5 millions de téléspectateurs permet de décentrer la norme hétérosexiste.

Pour autant, les lesbiennes représentées ne sont ni des plus « réalistes » (il n’y a aucune référence à la culture lesbienne ou communautaire), ni des plus subversives qui soient. Pour les scénaristes, il s’agit à la fois de briser les préjugés et de gommer les différences entre les individus pour promouvoir leur acceptation. Ils représentent une forme de « normalisation » ou de « banalisation » de l’homosexualité, dans une société utopique et non traditionnelle. Le jeu entre la standardisation et la transformation des normes sociales s’observe notamment dans une permanence des conventions de genre : les attendus du féminin des couples lesbiens sont respectés (il n’y a pas de lesbiennes « masculines » ou « androgynes »). Ainsi, l’intégration des lesbiennes passe par leur désarmement politique ou subversif.

Ce constat a une incidence sur les représentations de la norme hétérosexuelle – plus que sur le lesbianisme – et les interactions avec les autres personnages. Personnages et situations semblent en effet avoir digéré la notion de différence et domestiqué les thématiques de l’homosexualité. En cela, nous assistons à un vrai changement culturel de représentation : contrairement aux images télévisuelles des années 1980-1990 qui visaient à accentuer les différences par rapport à l’hétérosexualité, l’homosexualité s’inscrit désormais dans un processus d’assimilation.

Stéphanie Arc (journaliste) et Natacha Chetcuti-Osorovitz (sociologie, CEAFS et LEGS Université Paris 8)

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